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Comment intégrer des références religieuses en publicité sans commettre d’impairs… ?

image présentant des symboles religieux

Après les fêtes de fin d’année chrétiennes et juives, le Nouvel An Ramadan 2026 approche à grands pas. Comme chaque année, des campagnes publicitaires y faisant référence sont diffusées… Mais l’utilisation du sacré dans la communication commerciale soulève des interrogations : quelles sont les règles qui encadrent les références religieuses en publicité ? Quelles précautions faut-il prendre ? Le principe de laïcité s’applique-t-il, en France, à la publicité ?

En effet, la problématique des références religieuses en publicité agite le monde de la création publicitaire et de la communication depuis de nombreuses années. En 2007 déjà, le CEP avait publié un Avis sur la question, ayant observé « une tension accrue sur les questions relatives à la fois au fait religieux et à la représentation des religions. On note depuis ces dernières années des facteurs nouveaux qui aggravent les difficultés que peut rencontrer la publicité sur ce terrain sensible. »

La laïcité est un principe fondamental de la République française, inscrit dans la loi de 1905 et consacré par la Constitution. Elle garantit la liberté de conscience, l’égalité de tous devant la loi et la neutralité de l’État à l’égard des religions. Si ce principe s’impose d’abord aux institutions publiques, son application dans le domaine de la publicité suscite aussi des questions, espace d’expression commerciale mais aussi puissant vecteur culturel et social : une publicité peut-elle faire référence à Dieu ? Une publicité peut-elle évoquer une religion, des rites ou des fêtes religieuses comme le Ramadan ?

La laïcité : un principe avant tout applicable à l’État

Il est bon de rappeler que le principe de laïcité s’applique avant tout à l’Etat.

La laïcité repose sur trois piliers :

La question de la laïcité en publicité peut se poser lorsque les campagnes sont liées à des organismes publics ou financées par des fonds publics.

Dans ce cas, une exigence stricte de neutralité s’impose :

Par exemple, une campagne de prévention menée par un ministère ou une collectivité territoriale ne peut intégrer de symboles religieux explicites, au risque de contrevenir au principe de laïcité.

Mais de manière générale, la publicité, majoritairement produite par des acteurs privés, n’est donc pas directement soumise à une obligation générale de laïcité. Le principe de laïcité ne s’applique pas à la publicité émanant d’une entreprise, et celle-ci peut légalement faire le choix d’organiser son fonctionnement sur la base de croyances religieuses.

Une liberté d’expression commerciale néanmoins encadrée

Les références religieuses en publicité ne sont donc pas, par principe, interdites et les annonceurs bénéficient d’une liberté d’expression commerciale.

À l’ère de la mondialisation et du marketing ciblé, les marques cherchent de plus en plus à adapter leurs messages à des publics spécifiques. Dans cette logique, certaines choisissent d’intégrer des références culturelles ou religieuses dans leurs campagnes publicitaires, notamment par la représentation de signes religieux visibles (tels que voile, kippa, turban) pour refléter la diversité de la société contemporaine. Cette stratégie peut susciter des débats, notamment lorsqu’elle est perçue comme une forme de communautarisme ou, à l’inverse, comme une reconnaissance de la diversité.

Rien n’interdit à une entreprise privée d’évoquer la religion, des pratiques ou des fêtes associées dans sa publicité. Ainsi, une publicité émanant d’une entreprise privée peut faire référence au Ramadan ou au lancement de sa gamme de nourriture Halal. Elle peut mentionner « Dieu » si elle le souhaite. De même, rien n’interdit de montrer une femme portant un voile, ou un homme portant une kippa par exemple. À ce titre, l’exemple de la publicité pour le fromage « Chaussée aux Moines » (Lactalis), qui a longtemps mis en scène des moines dans leur monastère dégustant le produit, illustre l’ancrage historique et largement accepté de certaines références religieuses dans l’univers publicitaire français.

Si la publicité peut évoquer des symboles, fêtes ou traditions religieuses, cette liberté n’est pas absolue. Elle doit éviter la caricature, la dévalorisation ou la provocation gratuite. Elle est limitée par plusieurs principes juridiques et déontologiques, notamment à :

Un doute ? Faites une demande de conseil à L’ARPP !

Les services de l’ARPP veillent à ce que les messages publicitaires ne portent pas atteinte aux convictions religieuses des individus, ne tournent pas en dérision les croyances et n’instrumentalisent pas la religion de manière choquante ou offensante. Il s’agit des règles énoncées dans la Recommandation de l’ARPP « Image et Respect de la personne ». Le chapitre 3 de cette Recommandation est entièrement consacrée aux « références ethniques et religieuses » :

«  La publicité doit éviter avec le plus grand soin de faire appel, même indirectement, au sectarisme ou au racisme.

Toute allusion, même humoristique, à une quelconque idée péjorative ou d’infériorité liée à l’appartenance à une ethnie ou à une religion doit être bannie.

L’expression de stéréotypes évoquant les caractères censés être représentatifs d’un groupe ethnique ou religieux doit être maniée avec la plus grande délicatesse.

En ce qui concerne les références religieuses proprement dites, il convient de proscrire toute utilisation des rituels ou des textes qui serait de nature à ridiculiser ou à choquer leurs adeptes. »

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